Maladies chroniques : Quelle surveillance à domicile?

Par Philippe Finet

Le vieillissement de la population s’accompagne du développement de maladies chroniques [1]. En 2010, environ 15 millions de personnes étaient atteintes d’une ou de plusieurs maladies chroniques [2]. Avec l’augmentation du nombre de personnes de plus de 60 ans, ce chiffre ne peut qu’augmenter. De plus, les patients ne guérissant pas de maladies chroniques, leur état peut s’aggraver au cours du temps (notamment avec l’apparition d’autres pathologies chroniques) [3]. Outre leur coût propre, ces maladies peuvent participer à l’augmentation du taux de ré-hospitalisation et nécessiter des transports pour les personnes en perte d’autonomie [4]. Dans ce contexte, la télémédecine peut contribuer à la prise en charge de certaines de ces maladies. Elle peut apporter un bénéfice tant en matière de qualité des soins qu’en matière de réduction des dépenses de santé [4] grâce à la télésurveillance à domicile. Dans cet article, nous allons décrire un plateau technique, réalisé en partenariat de la société AZNetwork et l’école d’ingénieur ESIR de Rennes dans le cadre d’une thèse de recherche à l’université de Rennes 1, capable de suivre un patient atteint de plusieurs pathologies chroniques depuis son domicile.

Le plateau technique envisagé

Pour les maladies chroniques, le suivi des patients à leur domicile consiste généralement à mettre en place une télésurveillance de certains signes vitaux selon un protocole établi par un médecin. Pour construire un tel système, il faut disposer au domicile du patient d’une part, des capteurs médicaux nécessaires pour le suivi du traitement, et d’autre part d’un système de réception des données multi-entrées communicant et interfacé avec tous les systèmes de mesure. Il est également important de garantir la bonne transmission des données du domicile du patient vers un système informatique d’un professionnel de santé. Il est donc nécessaire de combiner trois systèmes : le système localisé au domicile du patient pour le recueil des signes vitaux, le système de transmission des données entre le domicile et l’établissement de santé et le système de traitement et d’archivage des données, généralement localisé dans un établissement de soins (Fig. 1).

 

Fig. 1 : Les trois systèmes d’une application de télémédecine au domicile du patient

 

  •  Les différents capteurs possibles :

En fonction de la gravité de la pathologie, différentes mesures peuvent être réalisées par le patient en multipliant les dispositifs médicaux communicants. Nous avons donc été en mesure de proposer un plateau technique capable de suivre à distance l’évolution simultanée au moins trois pathologies en parallèle. Le système proposé est constitué d’un tensiomètre et d’une balance pour le suivi des insuffisants cardiaques et des patients atteints d’hypertension, et d’un saturomètre pour surveiller l’évolution de la santé des insuffisants respiratoires [5].

  • Le système de réception et de transfert des données patient à son domicile

Pour construire le système de réception des données, il a été nécessaire de disposer de boîtiers multi-entrées communicants et interfaçables avec tous les dispositifs médicaux nécessaires pour le suivi des patients. Grâce à la standardisation des interfaces de connectivité sans fil, il a été possible de créer une plate-forme de communication unique pouvant prendre en charge la réception des différents signes vitaux provenant de différents objets connectés, et de les transmettre vers un lieu d’interprétation.

Comme le smartphone est le dispositif le plus mobile et le plus couramment utilisés lors des expérimentations réalisées dans le monde, cet équipement a été choisi comme système de réception de données. En effet, cet équipement favorise la mobilité de la personne au sein même de son domicile et en dehors pour la communication avec les acteurs médicaux qui suivent à distance l’évolution de son état de santé.

  • Les standards de communication nécessaires

Pour installer l’architecture au domicile du patient, il a été également nécessaire d’implémenter des standards de communication pour rendre le système interopérable avec les systèmes informatiques des structures sanitaires qui suivent le patient à distance. Pour transporter les données médicales du patient, nous avons sélectionné la norme Health Level Seven [6]. L’utilisation de cette norme médicale facilite la mise en place de la communication des données du patient pour prévenir rapidement le corps médical dès le dépassement d’un seuil fixé dans le protocole initial.

Bibliographie

[1] A. Alperovith, Maladies chroniques et vieillissement, Enjeux médicaux, 2010. Voir : http://www.sante-2025.org/wp-content/uploads/2010/03/Sante_2025-fiche-43.pdf.

[2] S. Portal, N. Bohic, Les maladies chroniques à la croisée des plans de santé publique, Actualité et dossier en santé publique, 72, pp. 39-42, janvier 2010.

[3] J. Bloch, importance du problème : fréquence, contribution des différentes pathologies, Actualité et dossier en santé publique, 72, pp. 14-18, janvier 2010.

[4] P. Simon, D. Acker, La place de la télémédecine dans l’organisation des soins, 2008. Voir : www.sante-sports.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_final_Telemedecine.pdf.

[5] P. Finet, R. Le Bouquin Jeannès et O. Dameron, La télémédecine dans la prise en charge des maladies chroniques. Techniques Hospitalières, (740), 2013.

[6] The Continua Health Alliance, voir: http://www.continuaalliance.org/.